A Brasília, le souvenir de la dictature

La situation politique brésilienne n’en finit plus de s’enliser, et rappelle à beaucoup d’étudiants brésiliens l’ex-dictature militaire.

Ils ne pensaient pas avoir tant raison. 52 ans après la prise de pouvoir par la junte militaire du Brésil, le 31 mars 1964, une dizaine de passionnés avaient organisé jeudi dernier une Samba da Resistência. Le but était simple, comme chaque année : se rassembler, en musique et en dansant, sur l’Esplanade des Ministères, centre névralgique du pouvoir. Et se rappeler les terribles torts causés par la dictature militaire entre 1964 et 1985, arrivée aux affaires dans un contexte chaotique par un coup d’État. Un contexte d’ailleurs similaire aujourd’hui, avec une crise politique majeure – une procédure d’impeachment, des mouvements sociaux nombreux et une affaire de corruption concernant quasiment toute la sphère politique.

Ils avaient tellement vu juste que l’actualité avait jeudi soir rattrapé la manifestation, a priori apolitique. Près de 50.000 manifestants en faveur du gouvernement Dilma Rousseff et de l’entrée de Lula au gouvernement s’étaient massés devant le Congrès, avec des discours vibrants et une organisation digne d’un meeting de campagne. Les pro-PT, aux cris de “Não vai ter golpe” (“Il n’y aura pas de coup d’État”), s’étaient déjà rassemblés près du stade Garrincha, avant de défiler le long de l’esplanade, forçant la samba à attendre 21h pour débuter.

Une samba pour une société plus juste ?

Pour ne pas oublier l’aspect historique de cette Samba, en face du palais Itamaraty avait été installé un vidéoprojecteur diffusant inlassablement les manifestations, la milice en tenue de CRS, les arrestations musclées, les violences policières. Comme le rappelle Jacson José, un des organisateurs, “une des principales raisons de se rappeler la dictature est de faire en sorte qu’elle ne se répète pas. Et malheureusement, en ce moment, il y a des signes de retour d’un nouveau coup d’État. Or, une rupture de l’état démocratique de droit causerait des dommages durables”.

Près de 200 personnes avaient ainsi répondu à l’appel lancé sur les réseaux sociaux. Certains avaient même fait le déplacement avec des instruments supplémentaires, pour reprendre des artistes célèbres comme Chico Buarque. Si les danses étaient entrecoupées de “Il n’y aura pas de coup d’État, il y aura une lutte”, les revendications étaient toutefois plus larges, comme la défense des droits des femmes, ou encore des homosexuels. “Parfois, on ne fait que danser la samba, non parce que nous trouvons que nous pouvons danser pour tout commémorer, mais parce qu’aujourd’hui, on sait qu’on peut danser la samba avec les féministes, les homosexuels, les noirs, les indigènes ou encore les habitants du Nordeste !” résumait ainsi Barbara, une participante après la samba.

Signe de cet espoir d’une société fidèle à ses idéaux, engagée dans la lutte des droits sociaux et de réduction des inégalités sociales, le clip arrivait à son terme. On y trouvait ainsi le mouvement en faveur des élections directes pour la présidentielle, avec le slogan célèbre “Diretas Já !”, ou encore l’accession au pouvoir de Tancredo Neves. Pour ne pas oublier, que lors de la dictature, près de 400 opposants politiques ont perdu la vie pour gagner la liberté des autres.